Plaidoyer pour un Observatoire national de prévention du suicide


Pourquoi un observatoire national de prévention du suicide est-il urgent ? Chaque année, en Algérie, de nombreuses personnes mettent fin à leurs jours pour échapper à un vécu problématique et insupportable. Tout récemment encore, une jeune femme s’est jetée avec ses deux bébés du 5ème étage d'un immeuble à Hadjout (Tipaza). Un événement «extrême» ayant enflammé tous les réseaux sociaux. Loin d’être uniques, ces chocs (suicide, homicide, infanticide…) nous renseignent, il est vrai, sur l'état alarmant de notre situation sociale.
Difficile de recenser d’une façon transparente toutes les vies perdues, alors que ces données auraient été très utiles dans la démarche de suivi et surtout de planification de mesures préventives de ce drame social. En Algérie, le suicide, n’est pas encore, semble-t-il, reconnu comme un problème de santé publique. En revanche, ce phénomène suicidaire a été largement débattu lors des colloques et des congrès précédemment organisés notamment par la Société Franco-Algérienne de Psychiatrie (SFAP). C’est, en quelque sorte, une forme de « pédagogie substitutive » face au désengagement des pouvoirs publics de la question sociale et de la gestion des risques. Les professionnels de santé auraient même évoqué, dans ce contexte-là, une « épidémie du suicide », liée en grande partie aux interactions complexes entre la crise économique et les difficultés socio-politiques. Cela justifie amplement la demande de création d’un Observatoire national de prévention du suicide (ONPS). Une structure à caractère préventif visant à consolider les efforts communs et à fomenter des synergies nouvelles entre les différents acteurs (collectivités locales, chercheurs, médecins, associations, etc.). Ainsi ces derniers pourront-ils partager librement leurs expériences dans le cadre d'un débat scientifique et démocratique. En principe, l’objectif c’est d’élargir l’horizon des rapprochements de visions et des actions possibles en ménageant un espace de dialogue d’où surgiraient des initiatives concrètes. Aujourd’hui, la prévention du suicide est l’un des défis les plus urgents de nos institutions (école, hôpital, prisons, secteur public, etc.). Cet observatoire se chargerait donc de coordonner et d’améliorer la transversalité des connaissances sur les conduites suicidaires, permettant l'ébauche d'un véritable travail d’expertise et de prévention : mieux connaître pour mieux prévenir. Cette tâche paraît d’autant plus nécessaire que notre société est presque à un stade embryonnaire quant à la construction d’une grille de lecture moderne des phénomènes psychologiques.


Chérifa Sider
Doctorante en Psychologie